Dans la rubrique « J’ai tout confondu »
lu dans le Figaro cet extrait très symptomatique :
« L'exemple belge
Observer, ces jours-ci, la Belgique se déchirer entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones rappelle combien une nation est fragile, quand elle n'est plus soudée par une identité commune ou un même sentiment d'appartenance. Au coeur de l'Europe, ce pays peut éclater parce que deux communautés, pourtant issues d'une même culture chrétienne, ne se sentent plus solidaires. Autant dire qu'il est urgent pour la France de s'assurer de la solidité du sentiment national qui maintient son unité, alors qu'une immigration de peuplement bouleverse sa démographie. L'Ile-de-France, qui regroupe 19 % de la population, contribue à 43 % de l'accroissement naturel du pays (Population et Avenir, septembre 2007), notamment sous l'effet de la fécondité d'une immigration africaine et nord-africaine. La France saura-t-elle toujours faire partager ses valeurs à cette population majoritairement musulmane et géographiquement concentrée ? Elle ne le pourra qu'en résistant aux pressions de l'islam radical, inconciliable avec l'universalisme des Lumières. »
Lire l’écho de nos errances politiques au travers de la presse étrangère, particulièrement la presse française a souvent de quoi étonner. Je suppose que nous aussi, souvent nous produisons à l’encontre de nos voisins des contre-sens et des contre-vérités dus à des transfert d’expérience. Cet article du Figaro vient nous rappeler combien on ne s’improvise pas dans l’analyse politique internationale sans une base sérieuse sur les différences qui fondent nos pays.
Transfert est le mot exact, oui, car cette analyse repose sur trois présupposés idéologiques propre à l’auteur, son journal et son pays :
- Le Figaro est un journal de tendance de droite, traditionnel supporter de la classe politique de droite, très attachés aux valeurs dites « chrétiennes » qu’il considère comme fondatrice de la nation française ( la France fille aînée de l’Eglise).
- La France a vécu, notamment en 2006, de nombreux troubles liés à sa politiques de ghettoïsation des populations immigrées, à sa difficulté à accepter dans leur multiculturalité ces populations (notamment sur le marché de l’emploi et dans l’ouverture des mentalités). Bruxelles n’est pas Paris. Nos populations immigrées n’ont rien à voir avec les leurs, ni la manière dont elles sont intégrées au sein des espaces de vie, ni la vision que la population a à leur endroit.
- La France est un pays unilingue. Même si dans les fait ce n’est pas réellement exact, il n’y a qu’une seule langue officielle, servie depuis toujours par une centralisation fortement fondée sur la promotion du français comme communication fédératrice. Les grandes scissions contemporaines sont plus ressenties face à un Islam que des personnes comme ce journaliste continuent à considérer comme un « élément rapporté » dans le patchwork des mentalités de la population, au pire un intrus, au mieux un hôte.
La situation en Belgique est fortement différente et ne peut donc servir ni d’exemple, ni d’argument à un monopole de valeurs « philosophiques » dominantes sur des populations d’autres convictions (amalgamées à des populations immigrées, voire étrangères).
Notre hïatus entre flamands et wallon vient justement de cette montée de l’idée nationale, idée nationale fondée sur la langue et extrapolée au territoire, légitime ou mythique, comme toujours dans les idéologies nationalistes. Cette mentalité est étrangère à la plupart des francophones. J’en veux pour preuve les scores très bas de l’extrême droite en Belgique francophone au regard de ce que parvient à obtenir le Vlaams Belang en Flandre. L’extrême droite flamande d’une part, les nationalistes flamands d’autres part promeuvent l’idée d’une Flandre autosuffisante, à la fois forte et supérieure, dont la rancoeur se voit toujours alimentée en se posant en victime d’ennemis qu’on peine à trouver dans le reste du pays. (Le comportement susceptible face aux francophones et soi-disant incompris que Leterme promulgue le concernant rejoint tout-à-fait cette mentalité gagnante qui rejette la faute sur l'autre. Mentalité utilisée à foison par Sarkosy lors de sa campagne et qui fut on ne plus payante)
Leurs opposants, ceux dont ils veulent se distinguer dans les faits, sont dans un premeir temps les francophones. Ceci est justifié par une Histoire contemporaine (moitié du 19ème siècle à mi-vingtième) qui semble, si on regarde de très loin, justifier leur haine des francophones qui les auraient dominés. En fait, ils en veulent à des élites flamandes, qui bourgeoises en francophone par culture de classe et non par extraction, les ont dominés injustement, tout comme de nombreux wallons et bruxellois ont été, eux aussi, dominés par des élites, partons tout puissants, francophones, certes (mais les wallons parlaient encore wallon à ce moment-là) mais pas de leur classe ni extraction.
Comme on peut le voir, la déchirure entre nos deux grands groupes de population belge vient précisément d’une montée de nationalisme et de fonder sur la langue puis sur le sol associé « une identité commune ou un même sentiment d'appartenance » à l’exclusion des autres.
Dans ce tableau, il est clair que l’on peut imaginer qu’une personne d’origine étrangère pourra se sentir plus rejetée dans une portion de territoire où une personne sur 4 vote pour un parti ouvertement raciste et xénophobe. Sans compter que les partis nationalistes n’ont pas toujours des vues très tolérantes envers les étrangers quels que soient leurs discours de façade. Et qu'on peut extrapoler sur un dégradé de convictions des plus extrême à droite au plus extrême à gauche.
La conclusion de tout ceci est que l’intitulé de l’entrefilet du Figaro aurait du s’appeler le « contre-exemple » belge, plutôt que « l’exemple » belge. Le seul exemple que la Belgique puisse susciter à l’étranger est un enième rappel de combien une idéologie nationaliste peut conduire aux pires manipulations des esprits des masses et aux pires conséquences en terme de l’avenir des peuples à vivre ensemble et à s’accepter dans leurs différences.
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