A l’heure, que certains, dans d’autres contrées, nommeraient grave, où la Belgique cherche à tâtons et dans le noir ceux qui voudront bien prendre la responsabilité de gérer intelligemment sa population diverse et variée, une question me taraude l’esprit… La Belgique serait-elle un poisson soluble dans l’eau ?
La référence à l’eau, et au cachet effervescent à de quoi faire sourire. C’est vrai que nous, belges, aimons rire de nous et mourir de rire, aussi, quelques fois… mais elle n’est pas si incongrue qu’on pourrait le penser. Ainsi cet intitulé de l’article de Quatremer correspondant de Liberation, la semaine dernière ne s’intitulait-il pas « La Belgique s’évapore » ? Voila donc la raison de nos si grandes « facilités » avec les frontières internes : nous sommes le seul pays liquide au monde. Il suffit de grandes chaleurs en avril, d’un réchauffement climatique, peut-être, qui sait ?, et nous nous évaporons en millions de petites particules élémentaires. 66% de ces particules parlent néerlandais (et ses variantes flamandes), 33% parlent français, et le pourcent restant parle allemand. Moi, je dis à notre cher voisin du Sud, Monsieur Quatremer, attention aux retombées de pluies acides !!, ou tout le moins amères….
Non, en fait, ce qui m’étonne le plus dans les débats communautaires qui phagocytent complètement les négociations c’est l’évaporation des débats sur les vrais soucis des gens (pour rappel, les sondages faits en mai, donnait comme première préoccupation politique des belges, Nord et Sud confondus : L’environnement et le réchauffement climatique. Les points suivants concernaient plus l’emploi, les pensions et autre avancées sociales. Mais dans toute cette liste, nul BHV, nulle scission du code de la route ou des chemins de fer, de la sécu, de l’emploi ou des impôts sur la personne)
C’est que la vraie urgence jusqu’en mai semblait être de lutter enfin le plus efficacement possible, même si un peu tard, contre le réchauffement climatique, de sauver notre planète et plus égoïstement nos ressources et nos territoires pour enfin envisager un avenir meilleur pour nos enfants. Ils nous l’ont tous dit, Berger, Van Yperseel (pas le conseiller du Roi, le climatologue) Hulot, Arthus-Bertrand, l’américain Gore même, on a vu les politiques défiler dans les salles obscures pour y recevoir une tardive lumière. Tous opinaient du chef. Maintenant qu’il n’y a plus de chef, ils sortent les opinels et on dépèce la Belgique au couteau.
Une image qui circulait sur le net accompagnée de cette laconique légende : « Enfin une solution sérieuse: » m’a fait plus que rire de ce ricanement propre au francophone belge lassé de recevoir des coups, elle m’a fait me ressouvenir d’une question lancinante qui me hante depuis 20 ans : la Belgique sera-t-elle soluble dans l’eau ? Quid d’une montée de la mer, de polders submergés, de ce Plat Pays que chantait Brel, parfois en français, parfois en néerlandais, avec sa Mer du Nord comme dernier terrain vague ? Quid de ces champs, ces villages, ces villes en altitude si peu haute que l’on peut craindre qu’une montée des mers, déjà remarquée sur des contrées plus sensibles, n’emportent finalement le territoire linguistiquement homogène sous les eaux, les grandes, les furieuses et les définitives eaux de cette côte, qui dans mille ans sera, on peut le craindre, une côte ni plus belge, ni même flamande, mais hélas définitivement wallonne ?« L’eau qui grignote le littoral, les marées qui s'avancent, d’année en année. D’abord des marées de plus ne plus violentes, de plus en plus hautes. Les villes côtières, inondées sporadiquement, puis de plus en plus régulièrement, à en devenir invivables. Les immeubles du front de mer qui se fissurent pour s’effondrer, coquilles vides de leurs habitants. Une ribambelle de stations balnéaires qui sont désertées, qui s‘engloutissent, décimètre après décimètre. et puis surtout, la mer qui s’écoule dans l’intérieur des terres. L’Escaut qui, au moment des marées, voit l’eau salée refluer bien en amont du littoral. Les pâturages engloutis, salinisés. La côte est abandonnée, les vagues avancent vers Bruges. Une génération. Bruges va résister une génération. A grand coup de digues, de pompes, de canaux creusés dans l’urgence. (…) Seuls restent les touristes. « Voir Bruges avant qu’elle ne disparaisse » Slogan d’une campagne de Nouvelle Aventure, pour un week end à Bruges. » l’Abbaye des Dunes, in D’eau et de pierres, de Benoit Corten
On commandite des chiffres, des sondages, des statistiques tous les jours en Belgique. Leur objet d’étude ? Les chiffres des transferts Nord-Sud, des indépendantistes au Nord et au Sud, des politiciens les plus « populaires »… Mais qui a commandé un plan de la montée des eaux qui finira bien par survenir un jour, vu qu’on ne fait RIEN pour que ça change et que ça ne survienne pas dans 10, 15, 20 ou 50 ans ? Quelle sera la cartographie des terres inondées ? Qu’est-ce qu’il restera au 6 millions de flamands comme « espace vital ». 6 millions de flamands dont 25% aujourd’hui votent extrême droite ? Qu’ont fait les allemands fin des années trente quand, hantés d’idées nationalistes, ils ont considéré que l’espace nécessaire à la survie de leur peuple si pur leur manquait sur leur territoire défini ? Je dis cela, je ne dis rien… hein, l’Histoire a quelques fois des leçons à nous donner.
Alors, oui, je m’interroge, la Belgique est-elle soluble dans l’eau ? Sa terre, hélas, certainement un jour… Son peuple, cela dépend des yeux qui s’ouvrent ou non sur les vrais défis à venir, sur les vrais causes communes. C’est une révolution par le bas, par l’urgence des gens, non par l’idéologie des peuples. Et comme le peuple on ne l’entend plus, sous le vacarme assourdissant des politiciens qui parlent en son nom dans une légitimité qui s’effrite de jour sans gouvernement en jour sans gouvernement… Je crains fort que le redressement économique de la Wallonie passe d’ici peu par la fabrication de bottes, canots de survie et de gilets de sauvetage à destination du nouveau marché flamand. Enfin, d'ici là, la Wallonnie continuera à alimenter en eau courante et eau potable la Flandre, puisque cette richesse-là, comme la jeunesse nos amis du Nord ne la possède pas.
* Le poisson soluble est rare, très rare et il a un nom que Geluck lui a donné dans son encyclopédie "Un peu de tout" que je ne possède plus et que donc, je ne peux vous dire.
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